Sur des airs de musique traditionnelle espagnole mélangée à de la musique moderne, défilent, dans une valse énergique et rocambolesque, les différents personnages, hauts en couleurs, de La Discrète Amoureuse.

Mais qui se cache réellement derrière cette appellation ?

Dans cette pièce, Fénissa, jeune fille cloîtrée par une mère rigide et très attachée aux codes de l’honneur, tombe amoureuse de Lucindo, son voisin. Celui-ci ne la connait pas et est, pour sa part, épris de la séduisante Gerarda qui ne cesse de manipuler les hommes. Lorsqu’enfin Fénissa et Lucindo se rencontrent et que ce dernier tombe amoureux d’elle, le père de Lucindo, le capitaine Bernado, se décide à demander la main de Fénissa. Catastrophe ! Obligée d’accepter, Fénissa se lance dans des stratagèmes à n’en plus finir pour obtenir ce qu’elle désire : être réunie avec Luncindo, son amour.

Le travail de Félix Lope de Vega est une réelle preuve qu’en Espagne au XVIIème siècle, le théâtre était un art en pleine révolution : l’auteur, aussi surnommé le « Shakespeare ibérique » s’oppose, de par la liberté de son écriture, au théâtre classique. En effet, la règle de bienséance et celle des trois unités ne sont pas souvent respectées. Quiproquos, rebondissements, travestissements et répliques implicites, l’énergie de ce texte séduit. Dans toute la splendeur de la comédie espagnole, le spectateur reste captivé par cette course folle qui ne faiblit jamais. Jalousie, amour et vengeance sont alors les thèmes principaux de cette pièce remarquablement bien mise au goût du jour.

Justine Heyneman, celle qui a adapté et mis en scène la pièce, nous délivre un tableau moderne qui ne cesse d’aller en crescendo. En effet, plus on avance dans la pièce, plus les personnages et la musique évoluent. Par exemple, Fénissa, jeune fille sage, va, au fur et à mesure, briser toutes les règles qui lui sont imposées pour se délivrer de son image de petite fille sans défense. Plus l’on avance dans l’intrigue plus l’on remarque que cette évolution est flagrante chez les trois personnages féminins de la pièce. Ainsi, Gerarda, Fénissa et sa mère vont dépasser les limites qui sont imposées par leur époque et briser les codes de l’honneur pour se placer en seul maître de leur destin.

L’intrépidité de ces femmes, brillamment interprétées par Anne-Clotilde Rampon (Fénissa), Eléonore Arnaud (Gerarda) et Françoise Thuries (Bélisa), nous évoque une thématique que nous explique très bien Justine Heyneman dans Les nouvelles du 13, numéro 66 : « […] avec leur sensibilité contemporaine, ces héroïnes d’un autre temps dont la lutte pour exister par elles-mêmes et gagner leur place dans un monde fait par et pour les hommes trouve encore aujourd’hui une résonnance. » et comme l’affirme très bien Lope De Vega « Mettre un frein à la femme, c’est mettre une limite à la mer. ».

Malheureusement, cette pièce se jouait au théâtre 13 Seine (Paris 13ème) du 3 mars au 12 avril 2015. Mais avec ses deux nominations aux Molières 2015 : Florian Choquart (Hernando) pour le Molière du comédien dans un second rôle et Eléonore Arnaud (Gerarda) pour le Molière de la révélation féminine, La Discrète Amoureuse n’a peut être pas fini de nous surprendre…

Bien qu’au moment où vous lisez cet article la cérémonie des Molières 2015 est passée, n’hésitez pas à vous renseigner sur les éventuelles représentations à venir, si les nominés de cette pièce ont remporté le célèbre buste doré.

Chloé Cénard

chloe.cenard@laposte.net

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