Megan, 29 ans, vient de New South Wales en Australie. Elle enseigne l’anglais à des lycéens récemment arrivés dans le pays, une grande partie d’entre eux étant des réfugiés syriens. Allison Jeffares, notre correspondante sur place l’a rencontrée. Entretien.

Qu’avez-vous appris sur le sort des réfugiés en enseignant à leurs enfants ?

Cela m’a montré qu’ils sont plutôt persévérants, particulièrement les plus jeunes. Ils ont dû affronter de nombreuses épreuves, ont vécu des traumatismes aussi bien physiques que psychologiques, et ont d’importantes lacunes au niveau de leur éducation. Travailler avec des réfugiés a changé ma vie. Cela a changé la perception que j’ai de mon pays et du monde, ainsi que la place que j’y occupe. Je me sens plus que jamais reconnaissante d’être née dans un pays comme l’Australie. Ceux d’entre nous ayant cette chance ont la responsabilité de prendre soin de ceux pour qui cela n’a pas été le cas.

Y a-t-il des histoires, en particulier, qui vous ont personnellement marquées ?

On m’a raconté des histoires à propos de violence physique, de bombes, de feux, de menaces de mort, d’évacuation et encore bien d’autres choses. A chaque fois, cela me met les larmes aux yeux et j’ai du mal à me retenir de pleurer devant les enfants !

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Megan enseigne l’anglais à des réfugiés syriens. ©AllisonJeffares

Quelle est votre opinion sur la manière dont l’Australie traite les réfugiés dans les centres de détention provisoires ?

Ils les traitent très méchamment, d’une manière inhumaine allant à l’encontre de notre constitution. Le gouvernement a introduit une loi intitulée « Border Act Force » ( Action de Force aux frontières) stipulant que les personnes dénonçant les conditions de vie et les abus de ces centres seront poursuivies en justice. C’est épouvantable que cette loi puisse exister. Le Sénat a enquêté au sein de centres de détention et a reporté que ces endroits ne sont pas appropriés à de long séjours, particulièrement en ce qui concerne les enfants. Le rapport de l’enquête recommande de nombreux changements, notamment que les procédures soient accélérées et que les familles soient déplacées de ces endroits aussi rapidement que possible. Ce n’est pas juste de garder les demandeurs d’asile enfermés des mois et des années dans ces camps. Il est nécessaire que les procédures soient moins longues de manière à ce que les abus et les mauvais traitements cessent.

Que pensez-vous de l’engagement de l’Australie d’accueillir de façon permanente douze mille Syriens supplémentaires en réponse à la crise migratoire ? Trouvez-vous que le nombre de réfugiés acceptés par l’Australie est convenable ?

Je pense que l’Australie a eu raison d’accueillir plus de réfugiés syriens en ces temps difficiles que traverse ce pays. Ces personnes n’avaient d’autres choix que de partir. J’ai été surprise par l’annonce du Parti Libéral Australien qui a accepté d’accueillir ces réfugiés supplémentaires. Ce fut une belle action, mais il y a tant de réfugiés syriens qu’il est difficile de savoir si cela est suffisant. Je ne pense pas de manière générale que nous en accueillons assez.

Comment la population locale a t-elle accueillie les réfugiés une fois leur installation sur place acquise ? Un changement d’attitude est-il nécessaire ?

Dans ma région, il y a beaucoup de systèmes de soutiens mis en place pour les réfugiés. J’espère que c’est suffisant, sans oublier que s’adapter à un mode de vie différent et à une nouvelle culture reste difficile. La barrière linguistique complique encore davantage le processus. J’ai le sentiment qu’il devrait y avoir plus d’engagement de la part de la communauté ainsi que plus d’informations autour de ces personnes afin de pouvoir les intégrer plus facilement au sein de notre société. Je vis dans une région très multiculturelle,  j’ai donc l’espoir qu’elle n’ait pas à faire face à trop de personnes rejetant ces réfugiés. J’ai l’impression qu’il y a certainement une partie de la population Australienne qui ne veut pas les accepter dans la société.  Une part d’entre eux sont racistes à part entière, alors que d’autres ont simplement peur de l’inconnu. C’est difficile pour moi de savoir à quoi ressemble vraiment la situation puisque je suis entourée, au travail tout comme dans ma vie personnelle, de personnes aimables et compatissantes.

Propos recueillis par Allison Jeffares.

Correspondante en Australie.

Traduit de l’anglais par Aurélie Knecht.

 

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