En tant que franco-espagnole, on m’a toujours dit qu’il y avait, de l’autre côté de l’océan, un monde qui nous ressemblait étrangement, étrange en raison de la diversité des accents et des expressions.  L’Amérique latine, j’y étais déjà allée, il y a trois ans avec ma famille, et le mois que j’y avais passé m’avait donné envie d’y retourner. L’été dernier, une de mes amies est allée en Espagne et au Pérou, pas en famille non mais avec presque 200 jeunes qui comme elle étaient ibéro américains. Tout de suite cela m’a intéressé. J’avais participé à d’autres échanges interculturels mais jamais je n’aurais pensé explorer un peu plus ce lien entre l’Espagne et l’Amérique latine, un lien que j’avais cantonné seulement à la langue.

L’expédition Ruta BBVA (anciennement appelée la Aventura del 92 puis la Ruta Quetzal) s’était crée en 1979, sous l’impulsion du célèbre journaliste espagnol Miguel de la Quadra-Salcedo qui voulait encourager les jeunes à tisser des liens, à travers une aventure inoubliable…ensemble. Cet été, en 2015, l’aventure avait pour titre: Aventura en el País de las Esmeraldas (Aventure dans le pays des émeraudes). Durant le mois d’août, 200 jeunes de 18 et 19 ans ont eu la chance de traverser ensemble l’Espagne, dont notamment la Galice en passant par le chemin de Santiague et la Colombie, des Caraïbes à sa capitale Bogotá. Mais afin d’être sûr que tous les participants soient motivés et aient le profil requis pour vivre cette aventure, l’organisation demande aux aspirants de participer à un concours et de réaliser une composition littéraire ou musicale sur un des trois thèmes imposés. Cette année, nous avions le choix entre une explication de la vie quotidienne colombienne à travers de la magie (faisant référance au realisme magique, un style développé par le Nobel colombien Gabriel Garcia Marquez) , contes et légendes du chemin de Santiague ou l’africanité et culture native et métissage dans la musique colombienne. J’avais choisi d’écrire un conte sur le premier thème car je me souvenais de mon voyage en Colombie et la magie de la plantation de café, un paysage inconnu en Europe.

Plusieurs mois après avoir été acceptée, on s’est tous retrouvé dans le centre de Madrid, où commençait notre épopée. Durant les premiers jours, au fur et à mesure que l’on se découvrait, certains stéréotypes ont vite été mis de côté. Nos vêtements ont par exemple permis de faciliter l’intégration au sein du groupe. On avait reçu chez nous les seuls que l’on avait droit de porter : trois t-shirts à manches courtes, un t-shirt et une chemise à manches longues et deux pantalons longs convertibles en shorts. Pas le temps pour se maquiller et pas forcément une douche tous les jours. La routine était très différente, on vivait avec le minimum, dormant sous la tente, mangeant sur l’herbe. Chaque matin, on se réveillait (entre 5 et 7 heures) grâce à notre chef de campement : Jesús Luna, qui criait dans son mégaphone : “le jour que vous attendiez avec impatience est enfin arrivé. Aujourd’hui on visitera…”.

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Parcourir tant de paysages et réalités en peu de temps nous donnait parfois l’impression d’en saisir que la belle image, la partie touristique des endroits que nous visitions. Puis ce sentiment s’est effacé peu à peu, surtout en Colombie où nous avons rendu visite à plusieurs projets cherchant à améliorer la vie des locaux, surtout des populations en risque d’exclusion sociale. Ce qui était intéressant dans tout cela, c’était de comprendre le moyen de réintroduire socialement ces populations dans la société, non seulement j’ai appris que la formation professionnelle était importante mais aussi la formation personnelle, l’estime que l’on a de soi. Les témoignages de civils colombiens nous permettaient d’entrer dans la réalité du pays, sous un autre angle que celui de nos camarades, issus de milieux plus favorisés, nous avons donc pu discuter avec ceux qui ont côtoyé la pauvreté, l’exclusion ou des guérillas.

Mais je crois que le plus important dans ce voyage, ça été de nous rencontrer, en-dehors de notre zone de confort et de réfléchir collectivement à que l’on voulait être comme personne. On a appris et compris nos différences grâce à de longues discussions dans de longues heures de bus (jusqu’à 14) ou dans des queues interminables pour aller aux toilettes. Petit à petit, le groupe s’est soudé, et l’esprit d’entraide persistait dans les moments plus durs de l’expédition. Un jour que je n’oublierais jamais est celui de la traversée du Chicamocha, le plus grand canyon du monde après celui du Colorado. Des 86 routes possibles, les responsables avaient choisi celle qui faisait 16 km, au programme de la journée : une descente sous un soleil implacable de plus de trois heures, une pente abrupte, une montée de plus de trois heures avec 1100 mètres de dénivelé. Bientôt, au rythme des évanouissements et abandons, nous portions les sac à dos de ceux qui n’en pouvaient plus et on chantait et s’encourageait sans s’arrêter. À l’arrivée, nous avons dansé, sauté et crié, invincibles…même ceux qui avaient dû abandonner ou qui n’avaient pas pu commencer pour des problèmes de santé se sont joint à nous.

 « Mais je crois que le plus important dans ce voyage, ça été de nous rencontrer, en-dehors de notre zone de confort et de réfléchir collectivement à que l’on voulait être comme personne. »

Si cela vous tente, malheureusement, le concours n’est ouvert qu’à des participants espagnols, portugais, américains et d’Amérique latine. Mais cet ouverture d’esprit en simplicité se trouve souvent dans plusieurs organisations ou en partant tout seul, chose que je n’ai jamais (encore) tenté.

 C’est cela que j’ai appris, c’est cet esprit qui m’a contaminé. Nous pouvons vivre avec moins, voyager plus et plus loin et surtout “chaque jour peut être le jour que nous attendions avec impatience pour changer le monde”.

 

Aina de Lapparent.

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